Pourquoi les données du tourisme français sont-elles forcément fausses ?

Crises économiques et sociales, attentats, euro fort,… rien n’y fait. Tous nos ministres en charge du tourisme qui se succèdent annoncent année après année, comme une mélopée bien huilée — pratiquement écrite d’avance —, que la France demeure « la première destination mondiale du tourisme ».

Et pour ça, ils donnent généreusement des chiffres : 82, 84, 85 millions de touristes étrangers reçus dans notre beau pays. Et, ils pensent qu’en accueillir 100 millions sera fait (possible?) à l’horizon de 2020.

Et les journalistes de tous bords — tourisme, économie, informations générales,… — reprennent cette information souriante pour argent comptant, aussi facilement que l’enfant à qui l’on offre des confiseries. Sans se poser la moindre question.

Evidemment, les laudateurs diront qu’il est bon de montrer que l’on est les premiers. Et puis, le succès séduit. Le monde attire le monde. Et pour une fois que la France est première en quelque chose… Au mieux, ils n’appelleront pas cela un mensonge, mais plutôt une coquetterie comme la belle qui se maquille, se parfume et qui met une jolie robe pour mieux affriander.

Si ce mensonge n’est pas si grave car après tout, un tas d’autres pays touristiques mentent eux aussi dans leurs statistiques officielles du tourisme, il a l’inconvénient de jeter un voile sur les yeux des professionnels et des élus.

Aussi, comment bien réinvestir, former, sensibiliser les professionnels, voter des lois justes, conduire une promotion touristique performante,… si les indicateurs pour se guider sont faux et inventés ?

Car ces chiffres concernant le volume d’arrivées de touristes, comme les recettes touristiques, ne peuvent pas être justes. Voici pourquoi :

Le nombre d’arrivées de touristes étrangers :

Il n’y a plus de contrôles aux frontières pour les ressortissants de l’Union Européenne. La méthode en 2 étapes utilisée pour déterminer le nombre de touristes est complètement incapacitante :

1) – On interrogerait 80.000 touristes étrangers sur des aires d’autoroute. Cela peut être intéressant pour collecter des informations qualitatives (habitudes, style d’hébergement, durée de séjours,…). Mais, cette approche ne permet d’aucune façon de calculer le nombre de personnes venant en France.

2) – On interroge un échantillon d’hébergeurs touristiques marchands. Cela reste insatisfaisant, car une grande partie des touristes étrangers ne logent pas nécessairement dans ce type d’hébergement. D’autre part, les hébergeurs tiennent rarement correctement leurs statistiques de fréquentation.

  • On intégrerait dans l’estimation les touristes qui ne font que traverser la France, via nos belles autoroutes, nos trains rapides et nos aéroports. L’Insee lui-même les estime à entre 15 et 20 % du volume d’arrivées touristiques. Pour eux, la France n’est donc pas une « destination ». Et ils dépensent du coup fatalement peu sur notre territoire.
  • Près de 7 millions des touristes étrangers (8 % de la demande touristique estimée) se rendent à Disneyland Paris, dont une majorité ne s’intéresse pas à autre chose de notre pays touristique. Leur destination est Disneyland, pas la France. Si ce parc était ailleurs en Europe, ce seraient 7 millions d’arrivées en moins dans l’Hexagone.
  • Il y a bien des touristes qui ont besoin d’un visa pour entrer en France. Il s’agit notamment des non ressortissants de l’Union Européenne et de la Suisse. En théorie, on pourrait compter combien ils sont. Sauf que depuis juin 2014, la France n’exige plus la réservation d’hôtel comme justificatif d’hébergement obligatoire pour les visas. Et surtout, les porteurs de visas sont minoritaires par rapport à la masse imposante des touristes qui sont européens.
  • Une arrivée touristique est-elle une personne qui vient une fois dans l’année en France ou plusieurs fois ? Autrement dit, 84 (ou autre chiffre fantaisiste) millions de touristes étrangers sont-ils formés par autant de personnes uniques ou par des voyageurs qui viennent souvent. Ainsi, on s’étonne de constater que la Belgique et le Luxembourg qui regroupent ensemble 11,5 millions d’habitants, parviennent à fournir — selon les statistiques officielles — 10,5 millions de touristes à la France, soit 91 % de leur population.

Par conséquent, on ne sait pas dire combien nous recevons réellement de touristes étrangers.

Pour bien faire, il faudrait que chaque personne ait une puce électronique sous la peau et que l’on puisse la pister. Plus sérieusement, cela pourrait déjà se faire avec les téléphones portables et la géolocalisation… Mais, heureusement pour la liberté des personnes et le respect de la vie privée, ce suivi à la Big Brother n’est pas envisageable.

Et puis, cela ne nous donnerait aucune information qualitative sur le comportement d’achat des touristes.

Les recettes touristiques :

  • On ne sait pas ce que dépensent vraiment les touristes étrangers venant en France et ce qu’ils achètent ou consomment réellement (il n’y a pas que le transport, l’alimentation et l’hébergement). Comment se constituent les recettes touristiques ? Personne ne peut le dire sans se tromper ou sans mentir.
  • Pour démontrer qu’il existe un problème dans nos statistiques, il suffit de faire une simple division. Sur la base de l’année 2014, la France présentée comme première « destination » mondiale touristique et la 4e en recettes touristiques internationales, se retrouve au …53e rang des dépenses moyennes par arrivée (662 $) sur 71 pays dans le monde qui ont déclaré à l’OMT recevoir plus de 2 millions de touristes étrangers.

Le PIB (Produit Intérieur Brut) :

  • On avance que le tourisme représenterait 7 % du PIB de la France. Joli score. Mais, comme on ne sait ni combien de touristes étrangers sont réellement accueillis chaque année entre nos frontières, ni ce qu’ils dépensent vraiment, il serait étonnant que l’on puisse avancer avec autant d’aplomb quelle part sur le PIB du pays pèse le tourisme. Et compte-t-on le tourisme émanant des Français en France, qui sont majoritaires ?

Si cela se trouve, le tourisme ne représenterait pas 7 % du PIB, mais 8 %, 10 % voire plus encore…! Qui peut le savoir et le calculer ?

alt Lire aussi : « Champion mondial du tourisme, France qu’est-ce que tu nous chantes ?« 

Paru le 14 avril 2017