Tourisme : 10 « choses » auxquelles vous ne devriez pas croire si vous ne tenez pas à être ridicule

Jour après jour, les médias mais aussi toutes sortes de supports d’informations parlent de l’industrie touristique en reprenant des études, rapports et autres données officiels ou pas.

Mais une majorité de ce qui est publié est arrangé, servant les intérêts particuliers des uns et des autres, qui ne sont en rien gênés de contribuer à la désinformation généralisée, susceptible de mettre les professionnels et les législateurs sur la mauvaise voie de la compréhension.

Les 10 sujets suivants ne sont la plupart du temps pas dignes d’être reçus avec crédibilité et assurance. Les prendre pour argent comptant, comme beaucoup de journalistes le font, c’est tout juste se donner le risque d’être ridiculisé et d’être complice de mensonges en les relayant.

1) – Données officielles du tourisme — Niveau de crédibilité : 2/5

« La France première destination mondiale du tourisme, avec 84,7 millions de touristes internationaux reçus… ». Depuis plusieurs années, nous apportons la preuve que cette information pourtant véhiculée comme parole d’évangile est fausse et inventée, car elle ne se base sur aucune méthodologie de calcul valable : voir notre dernière analyse du sujet. Mais, on aime se rassurer quitte à sortir des statistiques du chapeau. Le tout est de prendre un ton péremptoire et tout le monde y croira.

2) – Les Assises du tourismeNiveau de crédibilité : 3/5

Grande messe démagogique pour donner le sentiment que le gouvernement veut comprendre et prendre en main le tourisme, les Assises ont été l’occasion pour les notables de se montrer en réunions et de faire valoir ce que le tourisme …leur doit. Un point c’est tout. Rien de structurant n’en sort, rien de ce qu’on ne sait déjà depuis longtemps et surtout rien ne se fait concrètement sur le terrain en corollaire. Circulez, il n’y a rien à voir. Voir notre analyse sur le sujet.

3) – Les baromètres conjoncturelsNiveau de crédibilité : 2/5

Publiés par des cabinets de conseil en hôtellerie/tourisme en mal de publicité ou encore par des syndicats patronaux qui ont des choses à prouver, les baromètres conjoncturels dans le tourisme et l’hôtellerie ne sont pas représentatifs de ce secteur et sont donc faux. Alimentés par les grands groupes de tourisme et d’hôtellerie via quelques mails mensuels, les indépendants — qui sont plus de 8 entreprises sur 10 — n’y sont pas inclus, ou si peu. Le résultat : des chiffres d’activité exagérément bons, qui n’ont rien à voir avec le secteur en entier.

Aucun cabinet n’a les moyens humains et financiers d’interroger les indépendants et ceux-là sont peu friands à répondre à ces enquêtes de conjoncture. Ce qui n’empêche pas les cabinets et syndicats « d’oublier » de préciser quels sont leurs vrais échantillons (correspondant seulement aux chaînes pour les premiers) et d’enfumer les lecteurs, …quand les données ne sont pas tout simplement inventées. Pourquoi se donner du mal, d’ailleurs, puisque tout le monde gobe ce qui est publié ? Seul l’observatoire de l’Insee est juste car il questionne tous les types d’entreprises du tourisme ; mais, il arrive hélas bien plus tard que ceux des cabinets d’études privés. Voir notre analyse sur le sujet.

4) – Les rapports parlementaires sur le tourismeNiveau de crédibilité : 3/5

Nous n’en avons pas encore lu de convaincants, voire d’utiles. Dans le meilleur des cas, les rapports qui existent enfoncent des portent déjà largement ouvertes depuis des années, y compris dans leurs recommandations. Dans le pire des cas, leur contenu est dicté par des lobbyistes et/ou des administrations qui ont des intérêts à défendre, autres que ceux du tourisme et de l’économie français. La finalité habituelle de ces rapports : disparaître dans un tiroir.

5) – Les labels de qualitéNiveau de crédibilité : 3/5

On en compte plus de 150 rien que pour les hébergements touristiques, dont en premier Qualité Tourisme cautionné par l’Etat ! On peut dire qu’ils n’ont qu’une valeur relative puisque leurs critères sont toujours minimalistes, peu exigeants (pour ne pas dire au ras des pâquerettes — sauf pour quelques labels écologiques) et jamais élaborés en interrogeant des consommateurs, et donc en tenant compte de leurs attentes. Si on ajoute que les méthodes de contrôles sont très contestables, on retiendra pour ne pas les jeter à la poubelle qu’ils peuvent à peine servir d’outils de management pour le personnel. Dans tous les cas, ils n’apportent rien non plus commercialement puisque absolument aucun label dans le tourisme n’est connu, reconnu et même compris par le public. Voir notre article sur le sujet.

6) – Les réformesNiveau de crédibilité : 3/5

Après des décennies de laxisme dans le tourisme, les gouvernements qui se sont succédés depuis 2007 ont cherché à y dépoussiérer la réglementation et les normes de toutes sortes. Louables intentions de principe, sauf que les résultats de ces réformes sont édifiants de cherté, d’inutilité et d’exagération. Au nom des trop fameux principes de précaution et du « nous le faisons pour votre bien et votre sécurité » que n’a t-on vu comme nouvelles règles qui mettent à mal bien des professions touristiques sans que leurs clients n’en soient bénéficiaires. On les appelle juste des parapluies administratifs. Autrement dit, ce n’est pas parce que cela vient du gouvernement ou d’une administration centrale que c’est forcément bien.

7) – Les trophées et autres awardsNiveau de crédibilité : 1/5

Il y en a des en-veux-tu-en-voilà dans le tourisme : trophées, awards, prix et autres récompenses. Généralement lancés par des organisateurs du secteur privé pour faire parler d’eux, voire gagner (beaucoup ?) d’argent, on ne peut que difficilement valider « le meilleur hôtel du monde » (parmi 3,5 millions) et bien d’autres amusements du même genre. Des jurys fantôme complaisants ou encore des votes de clients sur Internet (en réalité des amis, famille et bienfaiteurs) sont le prétexte pour chercher à crédibiliser ces trophées en toc, obtenus en payant pour pouvoir poser sa candidature.

Mais les professionnels du tourisme adorent les médailles en chocolat. Donc, pourquoi les leur refuser ? Seuls les véritables concours valent quelque chose d’honorable, tels celui de MOF, le Bocuse d’Or, etc. Voir notre article sur le sujet.

8) – Les prévisions conjoncturellesNiveau de crédibilité : 0/5

Encouragés par les journalistes, il y a de plus en plus de cabinets de conseil qui versent dans le salon de la voyance en osant annoncer des chiffres prévisionnels d’évolution d’activité pour l’année à venir. Parfois, cela se précise avec un chiffre derrière la virgule. Trop forts. C’est surtout en hôtellerie que l’on voit ce type de Madame Irma intervenir, sans rire, quand les groupes hôteliers (y compris inscrits en bourse) s’interdisent d’avancer la moindre prévision d’activité. Or, tout le monde sait pour l’avoir constaté, qu’on ne peut plus rien prévoir dans le tourisme depuis près d’une quinzaine d’années, même à un mois près. Alors à un an… D’ailleurs, les prophéties annoncées par ces sorciers avec leur boule de cristal ou marc de café, selon, ne se réalisent …jamais. Que ne ferait-on pas pour surfer sur l’écume de la médiatisation.

9) – Les détractions à propos des OTAs et des avis en ligneNiveau de crédibilité : 2/5

On peut ne pas aimer les agences de voyages en ligne (OTAs) et être blessé à cause d’avis négatifs déposés par des clients fictifs, il n’en demeure pas moins que la clientèle touristique aime ces nouvelles possibilités de réserver en ligne et de s’informer, qui sont un vrai succès inattendu. Si les OTAs sont en situation dominante vis-à-vis des hébergeurs, ces derniers le paient certes chèrement mais en profitent largement dès lors où ils sont 4 sur 5 à ne commettre aucune (ou si peu) commercialisation pour leur établissement. Quant aux avis fictifs de consommateurs, on sait qu’ils sont très minoritaires et que la moralisation ambiante tend à obliger les sites porteurs de ces commentaires à faire le ménage sur leurs pages. Voir notre analyse sur le sujet.

10) – Les sondages et enquêtes en ligneNiveau de crédibilité : 1/5

Ils sont devenus majoritaires pour ne pas dire systématiques. On leur prête à tort une grande véracité d’autant plus quand on avance que plusieurs milliers de personnes ont répondu à ces enquêtes. Sauf que la quantité ne remplace jamais la qualité. Les sondages en ligne ont plus d’inconvénients que d’avantages pour être crédibles et fiables. On ne sait pas qui y répond (échantillon pas fiable) et on ne sait pas si les répondants comprennent chaque question et sont sincères. Gênant. Mais puisque ces outils sont peu coûteux, on en balaie vite fait ces défauts pourtant majeurs.

 

Mark Watkins

Paru le 22 février 2015